
LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ÉCOULÉE
La chronique de la semaine écoulée
S'il existe une culture calédonienne – ce serpent de mer que l'on recherche, accord après accord et statut après statut – elle s'est exprimée en deux endroits ce week-end du 15 août. A Bourail et à La Conception.
A Bourail, d'abord, où personne ne conteste le succès de la 48ème édition de la foire. Il y avait du monde, des animations, de beaux produits, de superbes concours et de spectaculaires rodéos. Le tout dans une ambiance détendue, festive et conviviale qui mêlait toutes les populations calédoniennes dans toutes leurs diversités.
Plus de 20 000 personnes se sont côtoyées pendant trois jours sur le champ de foire de Téné, pour un cru exceptionnel à en croire le président de la foire Levay Roy qui était, dimanche soir, un président fatigué mais heureux.
On a coutume de dire que la foire de Bourail est la vitrine de la brousse, mais c'est aussi le visage de la Nouvelle-Calédonie. A tel point qu'en 2024, lorsque les violences insurrectionnelles ont empêché qu'elle se tienne, le comité d'organisation l'avait décentralisée pour un Royal Caledonia Show sur l'Hippodrome de Nouméa.
La foire de Bourail, c'est un rendez-vous incontournable et cette année encore, malgré l'incendie qui avait détruit ses locaux en début d'année, malgré le contexte économique tendu, malgré les difficultés rencontrées par le monde agricole, malgré les aléas de la météo, les visiteurs se sont pressés pour découvrir les stands agricoles, artisanaux, culinaires et commerciaux et pour retrouver toutes les activités typiques qui font sa singularité.
Même Jérôme Despey, le président du Salon international de l’agriculture, n'en croyait pas ses yeux ! Il a découvert la viande de cerf mais aussi le concours de bûcheronnage ou de lancer de claquettes, sans oublier les traditionnels rodéos qui n'ont jamais été organisés Porte de Versailles à Paris.
Et tout ça, ce sont incontestablement des éléments constitutifs de la culture calédonienne qui ne s'expriment nulle part ailleurs de cette façon là et qui survivent envers et contre tout. Aucune violence politique n'arrivera à les éradiquer.
L'autre élément de la culture calédonienne, c'est le traditionnel pèlerinage de la Conception qui avait dû, lui aussi, être annulé, en 2024, en raison des violences insurrectionnelles, mais il a repris depuis l'an dernier, pour célébrer l'Assomption de la Vierge Marie et il avait, cette année, une dimension particulière en raison du jubilé des 60 ans du diocèse de Nouméa. Un jubilé placé sous un thème qui rejoint, d'une certaine manière, toutes les réflexion sur le devenir de la Nouvelle-Calédonie : "Fidèles à la mémoire, ouverts à l'avenir". Et Mgr Sionepoe, le justifie en rappelant que l'Eglise, en Nouvelle-Calédonie a 183 ans. On oublie souvent que le territoire a été évangélisé avant d'être colonisé et l'archevêque de Nouméa rappelle ce que l'on doit à ceux qui ont tout quitté au nom du Christ : les écoles, les dispensaires, la Bible. "Il y a eu des bouleversements, reconnait-il, mais faire mémoire, ce n'est pas seulement se tourner vers le passé, c'est aussi regarder devant pour inventer l'avenir."
Et ce 15 août, à la Conception, a été marqué par un acte exceptionnel : le renouvellement, 60 ans après, de la consécration du diocèse de Nouméa à la Vierge Marie, à l'image de ce que les missionnaires maristes avaient fait en 1843. Un geste qui concerne tous les calédoniens confie Mgr Sionepoe pour qui "il s'agit de réaffirmer publiquement la foi de notre pays qui est un pays chrétien et de remettre tous les hommes et les femmes et notre pays sous la protection de Marie. La consécration, dit-il, traduit aussi un idéal spirituel pour notre pays. Elle concerne tout le monde, même si tous n'ont pas la foi."
Une particularité calédonienne, là aussi, alors que la foi chrétienne est fortement ancrée dans la culture du territoire est que la Calédonie est une collectivité française dans laquelle ne s'applique pas la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Des propos qui pourront peut-être inspirer les membres de la mission transpartisane qui partent prochainement à Paris pour un déplacement qui pourrait, par certains aspects... avoir des allures de rodéo !


