La chronique de la semaine écoulée

La chronique de la semaine écoulée

La Calédonie coupée en deux.
C'est bien le triste constat que nous oblige à faire ce 2ème référendum de sortie de l'Accord de Nouméa.
Mais ce n'est pas une surprise ! C'est seulement le résultat prévisible de cette absurdité d'une répétition de référendums binaires dont chacun sait – depuis l'origine – qu'ils ne sont porteurs d'aucune solution et qu'ils portent en eux des germes d'affrontements. Pour ceux qui en doutaient, la démonstration a été faite après le 1er et confirmée après le 2ème.
Dans ces conditions, il serait absurde de s'entêter et d'aller au 3
ème.

D'autant que, contrairement à ce qu'affirment quelques beaux esprits, cette triple séquence aurait pu – et même aurait dû – être évitée. Comme elle l'avait été en 1998 où les responsables calédoniens, appuyés par l'Etat avaient eu la sagesse de renoncer au référendum d'autodétermination qui était prévu par les accords de Matignon, et qui avait pourtant été validé par un référendum national de ratification.
Quand il y a une volonté, il y a un chemin et ce qu'une loi a fait, une autre peut le défaire. Mais, encore faut-il qu'il y ait une volonté et elle a cruellement fait défaut ces dernières années.

C'était tellement confortable ces trois référendums qui devaient clore l'Accord de Nouméa et que chacun des deux camps était persuadé de gagner !

Sauf que c'était la pire idée qui soit après 30 ans d'une construction patiente, délicate et difficile d'une communauté de destin qui ne pouvait que se fracasser sur cette question brutale à laquelle les calédoniens ne peuvent répondre que par OUI ou NON.

D'autant plus que les dés sont pipés !
Les signataires de l'Accord avaient opté pour 2 referendums et c'est le Conseil constitutionnel qui en a ajouté un 3ème.
En outre, dès 2007, le gel du corps électoral est venu dénaturer l'Accord, approuvé à 72% pour les Calédoniens.
Sans compter que l'Accord de Nouméa, signé pour 20 ans, joue les prolongations avec une conséquence majeure sur le corps électoral spécial pour la consultation.
Il a été bloqué à 1994, parce qu'il devait être caduc en 2014. Et le voilà prolongé indûment. Il faut désormais 26 ans de présence pour pouvoir voter et peut-être 28 ans si 3ème référendum il y a, en 2022.
Tous les partisans du sacro-saint principe "un homme, une voix" devraient s'étrangler devant cette prolongation dérogatoire d'une mesure qui ne se justifiait que parce qu'elle était transitoire.
Et l'on ne reviendra pas sur les multiples embûches semées, lors de ce 2ème référendum sur le chemin des partisans du NON, comme l'inscription automatique des seuls natifs, la prolongation de l'inscription dans les bureaux de vote délocalisés ou les pressions et intimidations qui ont émaillé le déroulement du scrutin.

Malgré tous ces handicaps, malgré tous ces accrocs à l'Accord de Nouméa, le NON à l'indépendance l'a emporté et cela n'a pas échappé à Sébastien Lecornu, quand il déclare "Je suis ministre de la République française et je me déplace dans un territoire français qui plus est, un territoire qui vient d’affirmer démocratiquement deux fois, en deux ans, sa volonté de rester dans la République."

On peut espérer que le jeune ministre a aussi à l'esprit les mots de son ancien Premier ministre Edouard Philippe, qui avait a salué, dans son discours de départ de Matignon, "le processus fascinant, difficile, complexe, incertain encore" en cours en Nouvelle-Calédonie

En évoquant le processus extraordinaire engagé sur le territoire, Edouard Philippe ne pensaient sûrement pas à la succession de référendums mais bien à la sagesse et à l'intelligence qui avaient prévalu en 1988 et en 1998.

En 2020, force est de constater que l'on a perdu le pari de l'intelligence.
Mais, pour autant, on n'est pas obligé de relever le pari de la bêtise.