La chronique de la semaine écoulée

La chronique de la semaine écoulée

C’est une "majorité océanienne" qui – à l'en croire – à élu Roch Wamytan à la présidence du Congrès.
Et dans la foulée, le président de l'UC, Daniel Goa a salué, pour sa part, le "virage océanien" que vient de prendre la société calédonienne.

"Océanien", le mot est à la mode et il est un peu mis à toutes les sauces ces derniers temps, comme s'il était la panacée, le remède miracle, la solution ultime à tous nos problèmes.
Mais c'est quoi un océanien et que recouvre ce vocable ?
Ou plutôt, dans quel sens est-il employé par les différents responsables politiques parce qu'il a, manifestement, plusieurs acceptions.

La première est géographique. Est océanien celui qui vit en Océanie, un mot inventé d'ailleurs au début du 19ème siècle par les cartographes qui ne savaient pas comment baptiser cette partie du monde.
Mais c'est vague et ambigu tant cette région est vaste et diverse et tant elle est mal définie. C'est une zone insulaire et non un continent et elle a connu des vagues de peuplement variées qui l'ont conduite à tous les métissages.
Alors certes, nous sommes tous océaniens, dès lors que nous vivons en Australie, en Nouvelle-Zélande, ou dans les pays et territoire de Mélanésie ou de Polynésie, mais on se doute que ce n'est pas ce que recouvre ce terme dans la bouche des responsables de l'UC.

Et quand des wallisiens et futuniens créent l'Eveil océanien, on se doute aussi que la signification du terme n'est pas géographique.
Dès l'apparition de ce nouveau parti, tous les observateurs ont pointé du doigt le risque de dérive communautaire.
Océanien aurait, alors, une signification ethnique et ne pourrait qualifier que les descendants des peuples autochtones, originels de l'Océanie.
C'est restrictif, c'est dangereux et ça renvoie aux propos d'exclusion que l'on retrouve dans certains discours indépendantistes qui stigmatisent volontiers "les gens venus d'ailleurs".

Mais Océanien peut aussi s'appliquer à un mode de vie ou à des valeurs comme on aime à le dire aujourd'hui.
Des valeurs océaniennes, basées sur le partage, sur le respect, sur l'humilité, mais aussi sur la palabre et le consensus.
Et dans le discours qu'il a prononcé, juste après son élection, Roch Wamytan, qui a utilisé à 8 reprises le terme océanien, a aussi affirmé qu'il fallait conjuguer ces valeurs océaniennes avec nos valeurs républicaines et nos valeurs chrétiennes.
Un triptyque, qui avait été proposé dès 2013 par Pierre Frogier, et qui semble aujourd'hui faire l'unanimité en Nouvelle-Calédonie.
Il est clairement moins restrictif et plus universel que la seule référence océanienne et il est en mesure de rassembler plus largement les calédoniens du 21ème siècle.

D'autant que la communauté océanienne est, elle-même, traversée de vives contradictions et de brutales oppositions que l'histoire récente a illustrées sur le territoire avec, par exemple, le tragique épisode de l'Ave Maria.
"On se sert du bambou pour décrocher le coco et on jette le bambou."
C'est un proverbe océanien que certains devraient méditer…