La chronique de la semaine écoulée

La chronique de la semaine écoulée

Depuis la mort de Jacques Chirac, jeudi soir, tout a été dit sur la vie, l'œuvre, les actions et le parcours hors norme, de celui qui restera sans doute comme l'un des derniers acteurs et témoins d'une époque révolue.
Neuf fois élu député, ministre sans interruption de 1967 à 1974, deux fois Premier ministre, de 1974 à 1976, puis de 1986 à 1988, Président de la République pendant 12 ans, le temps d'un septennat et d'un quinquennat.
Il aura participé à plus d’un millier de Conseils des ministres. Il a aussi expérimenté la cohabitation à deux reprises. Depuis Matignon avec François Mitterrand, puis depuis l’Élysée avec Lionel Jospin après une incompréhensible dissolution. Et en 2002, il a été réélu président avec un score historique de 82 % face à Jean-Marie Le Pen.
Il a aussi été maire de Paris pendant 18 ans.
Fondateur du RPR, il en fut son président pendant 18 ans également.
Une carrière politique de 40 ans. Un cursus très "ancien monde" qui ne pourrait plus exister aujourd'hui mais qui, incontestablement, fait rentrer Jacques Chirac dans le patrimoine politique français.

Un "bulldozer", un "tueur", un "grand fauve". Tout a été dit sur celui que Philippe Séguin qualifiait, pour sa part, et sans complaisance, de "don Juan de la politique", plus préoccupé par la conquête du pouvoir que par son exercice.
Tout a été dit sur son parcours romanesque et sur son énergie, sur son amour de la France et des français, sur son humanisme, sur sa culture qu'il avait choisie de dissimuler, sur sa fascination pour les peuples premiers.
Mais aussi sur ses hésitations, ses voltefaces, et sa capacité à incarner toutes les contradictions de la société française lui, le social-démocrate ou le radical socialiste porté au pouvoir par la droite dont il était le héraut.
Une contradiction qui l'accompagne jusque dans la mort. Lui, qui fut si violemment critiqué, croule aujourd'hui, sous les hommages, l'affection et l’émotion nationales.

Mais nous, celui que nous connaissons le mieux, c'est Chirac le Calédonien.
Et il a eu une histoire particulière avec le territoire auquel il vouait un véritable attachement, comme le prouvent les six voyages qu'il a effectués chez nous, de 1978 à 2003, comme président du RPR, comme Premier ministre et comme Président de la République.

Pour nous, Jacques Chirac c'est un soutien indéfectible à la Calédonie française.

C'est le président du RPR qui vient adouber Jacques Lafleur, le président du RPC qui, par proximité, deviendra RPCR. C'est le maire de Paris qui apportera immédiatement son soutien aux partisans du maintien dans la France alors que François Mitterrand avait fait de l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie l'une de ses 55 propositions.
Jacques Chirac, c'est celui qui a soutenu la résistance à l'indépendance et aux visées d'Edgard Pisani. Il viendra pendant les événements, en 1985 et en 1986, apporter un soutien déterminant à ceux qui combattaient les projets d'indépendance association. Et, à titre plus personnel, on ne peut oublier qu'il fut un soutien essentiel et de la première heure à Radio Rythme Bleu.
On ne peut oublier non plus son arrivée en Concorde au lendemain du référendum de 1987 et son discours visionnaire de la place des cocotiers quand, 9 mois avant la poignée de mains entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, il avait tracé les lignes de ce que serait l'accord de Matignon.
On pense aussi aux bains de foule extraordinaires auquel il se livrait à chacun de ses voyages.

Même s'il y eut ensuite des incompréhensions et des tensions, même si ses relations avec le territoire ont été marquées d'ombres et de lumières, force est de constater que, sans Jacques Chirac, le destin de la Calédonie aurait été très différent et peut-être même, si on l'avait davantage écouté, serait-il d'ores et déjà, scellé dans la France.

Et finalement, comme tous les français, les calédoniens ont tous en eux, quelque chose de Jacques Chirac