Radio Rythme Bleu

La chronique de la semaine écoulée

22 octobre 2023 à 23:50

On a l'impression d'un éternel recommencement et d'une éternelle illusion qui, à chaque fois, ont amené la Calédonie dans le mur.

S'il y a un mot galvaudé en Nouvelle-Calédonie, c'est bien celui de consensus.
Il est mis à toutes les sauces et employé constamment, souvent à contresens, au point que les élus du congrès s'en sont tous gargarisés, jeudi soir, quand ils ont réussi – à l'arrache – à trouver un accord a minima sur un texte controversé qui avait auparavant déchainé les passions.
L'adoption de la réforme du RUAMM ne s'est pas faite par consensus. Elle est le fruit du principe de réalité. Il y avait l'obligation, pour la majorité indépendantiste/Eveil océanien, de sortir de l'impasse dans laquelle elle s'était enfermée et d'éviter une seconde lecture et un passage devant le conseil constitutionnel. Il y avait aussi la nécessité d'adopter rapidement cette réforme pour bénéficier de l'aide financière exceptionnelle de l'Etat qui a conditionné l'octroi de cette subvention au vote de plusieurs mesures de redressement. Il y avait, enfin, la menace de la rue.
Face à ces impératifs, les indépendantistes n'avaient d'autres choix que d'assouplir la loi de pays et donc de prendre en compte les propositions de l'opposition et de la société civile, ce qu'ils s'étaient refusé de faire depuis des mois.
Ce n'est pas du consensus. C'est de la gestion raisonnée du rapport de force. Et rien n'est encore joué puisque les textes d'applications donneront lieu à un nouveau bras de fer.

Et on tremble quand on voit certains faire le parallèle avec les discussions sur l'avenir institutionnel et imaginer une troisième voie – autre terme ô combien galvaudé – pour dessiner un nouvel accord.
Sous prétexte que des grands électeurs indépendantistes ont voté pour un sénateur non-indépendantistes et que des grands électeurs non-indépendantistes ont voté pour un sénateur indépendantiste, Jean-Pierre DJAIWE le porte-parole du PALIKA voit une évolution des mentalités et la possibilité de travailler ensemble pour trouver un chemin qui peut nous amener à l'unanimité.
C'est aussi – on le sait – la conviction des stratèges de ces sénatoriales improbables et c'est ce qui a sous-tendu leur démarche.
Et on a l'impression d'un éternel recommencement et d'une éternelle illusion qui, à chaque fois, ont amené la Calédonie dans le mur.
Il y a, bien sûr, l'exemple de la FNSC mais plus près de nous il y a le projet d'indépendance-association de Pisani, qui a eu ses partisans, ou l'ambiguïté de la souveraineté partagée de Calédonie ensemble. Des visions qui ne sont pas très éloignées de l'indépendance avec partenariat du PALIKA, qui nous explique qu'il faut trouver une voie médiane entre ceux qui veulent l'indépendance et ceux qui veulent le maintien dans la France. Comme s'il n'y avait pas eu les trois référendums qui avaient traduit la volonté de la majorité des calédoniens de rester dans la France.
On revient donc à la case départ, comme si de rien n'était. Et si le discours du PALIKA est plus policé que celui de l'UC, dont le président a commis encore quelques outrances ce week-end, le fond est le même. Les indépendantistes ne lâchent rien. Ils accepteront un dégel partiel du corps électoral parce que c'est une exigence démocratique qui s'impose, mais ils qualifient tous d'inacceptable le projet d'accord de l'Etat et ils restent tous braqués sur le droit à l'autodétermination, en refusant de lever cette incertitude qui pèse sur le futur de la Calédonie.

On a parlé du miracle des accords de Matignon et certains pensent, avec sincérité ou naïveté, que les miracles peuvent se reproduire à chaque génération.
Mais les plus lucides savent qu'en réalité, c'est au bout du rapport de force que l'on trouve ce que l'on qualifie de consensus.

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