Radio Rythme Bleu

La chronique de la semaine écoulée

16 octobre 2023 à 02:06

Cette stratégie sénatoriale fait perdre aux Partisans de la France non seulement un sénateur très intégré et au réseau incomparable mais aussi une secrétaire d'Etat qui murmurait à l'oreille des plus hautes autorités de l'Etat.

Les grands électeurs calédoniens ont-ils joué avec le feu ?
C'est la question lancinante qui se pose depuis les élections sénatoriales du 24 septembre.
Fallait-il, près de deux ans après le référendum qui pour la 3ème fois rejetait l'indépendance, offrir une tribune aux indépendantistes et leur permettre de faire entendre leur voix dans la Haute Assemblée ?
La séance des questions au gouvernement du 11 octobre dernier a apporté un début de réponse quand le groupe communiste – désormais intitulé CRCE – KANAKY – a offert son premier temps de parole au sénateur FLNKS.
Pour remettre les choses dans leur contexte, c'était une séance consacrée à l'attaque du Hamas contre Israël et l'ambassadeur d'Israël, y assistait depuis la tribune d'honneur. Pour la petite histoire, quand la Première ministre a répondu à la première question du socialiste qui apportait son soutien à Israël, et qu'elle a évoqué le devoir de faire vivre les valeurs de la République et de défendre la cohésion nationale, il y a eu des applaudissements sur l'ensemble des travées, à l'exception de celles du groupe CRCE-KANAKY.
Et c'est à ce moment qu'est intervenue la question du sénateur calédonien – la seule de l'après-midi qui n'était pas consacrée à la situation en Israël – mais qui portait sur la volonté du peuple kanak de mettre fin à une histoire coloniale de cent soixante-dix ans. Le sénateur FLNKS a contesté le 3ème référendum, remis en cause le dégel du corps électoral et dénoncé la partialité de l'Etat, avant de demander au ministre de l'intérieur et des outremers : "Sans consensus, le Gouvernement compte-t-il faire passer en force cette révision constitutionnelle, contre l'avis du FLNKS et comme lors du troisième référendum ?"
Même si la Première ministre lui a répondu que "c'est l'avenir de la Nouvelle-Calédonie dans la République que nous sommes en train de construire", le ton est donné.
Désormais le FLNKS, ou en tout cas l'UC, dispose d'un porte-parole en métropole. Un parlementaire qui sera – n'en doutons pas – sollicité et interrogé dès qu'il sera question d'actualité calédonienne.
On peut considérer que ce n'est pas grave, que le FLNKS a déjà des relais en métropole et que ce n'est pas un sénateur indépendantiste qui changera la face du processus en cours.
On peut considérer, aussi, que ce n'était justement pas le moment, alors que la Nouvelle-Calédonie se cherche, laborieusement et difficilement, un avenir dans la France, de mettre sur son chemin un obstacle supplémentaire.
On peut se dire que ce n'est pas grave parce que les trois autres parlementaires sont engagés, a priori, pour le maintien dans la France.
Mais on peut rappeler, aussi, que cette stratégie sénatoriale fait perdre aux Partisans de la France non seulement un sénateur très intégré et au réseau incomparable mais aussi une secrétaire d'Etat qui murmurait à l'oreille des plus hautes personnalités de l'Etat.
On peut penser que ce n'est pas grave et que ce résultat des sénatoriales est seulement la conséquence de querelles d'ego et d'ambitions débridées.
Mais on peut aussi penser que, derrière le slogan éculé de "faire de la politique autrement", il y a la volonté d'une recomposition politique pour reconstituer une sorte de FNSC, la Fédération pour une Nouvelle Société Calédonienne qui, déjà, voulait faire le pivot entre indépendantistes et Partisans de la France.
A l'époque aussi, quand elle a été créée, en 1979, beaucoup ont pensé que ce n'était pas grave.
Mais quelques années plus tard, ils ont réalisé que certains avaient joué avec le feu.

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