Radio Rythme Bleu
La chronique de la semaine écoulée

20 décembre 2021 à 07:10

La Calédonie restera donc française mais le ministre des outre-mer est plutôt soulagé d'échapper à l'ouverture des discussions sur l'avenir...

Une semaine après le 3ème et dernier référendum, le temps semble figé.
C'est l'immobilisme, l'attentisme, le statu quo. Chacun retient son souffle, comme si, les uns et les autres, avaient de la peine à prendre conscience du résultat de cette 3ème consultation référendaire qui ancre la Calédonie dans la France.
Par trois fois, les calédoniens ont dit NON à l'indépendance et "la Calédonie restera donc française" comme l'a déclaré le Chef de l'Etat.

Pas de triomphalisme, pourtant, de la part des loyalistes mais un discret soulagement teinté d'incrédulité, comme s'ils ne parvenaient pas à croire qu'on leur avait enlevé l'épée de Damoclès qui pesait sur eux depuis des décennies.
Pas d'excès, non plus, de la part des indépendantistes dont les réactions sont finalement assez mesurées.
Dans un communiqué le comité stratégique indépendantiste de non-participation déclare ne pas reconnaitre la légitimité et la validité de ce scrutin.
C'est aussi par voie de communiqué que le Palika parle d'une "mascarade d’autodétermination". Quant à Roch Wamytan – qui s'exprime prudemment depuis Paris – il estime que ce référendum est "nul et non avenu", et il réclame une nouvelle consultation.
On a connu des déclarations plus tonitruantes et des protestations plus vigoureuses de la part des indépendantistes.
Mais peut-être sont-ils en train de réaliser que leur stratégie n'était pas la bonne.
Quand ils ont exigé le report du 3ème référendum – en invoquant la crise sanitaire puis le deuil kanak et enfin la partialité de l'Etat – ils étaient persuadés d'obtenir gain de cause.
Et quand – après le maintien de la date du 12 décembre – ils ont appelé leurs militants à la non-participation, ils étaient convaincus que cela remettrait en cause la légitimité du scrutin.
Et, finalement, rien de tout cela n'est arrivé !
"L'abstention n'affecte pas la régularité ni la sincérité du scrutin" affirme le président de la Commission de contrôle et le ministre des outre-mer déclare que "la validité juridique du scrutin est pleine et entière".
Les indépendantistes doivent constater, un peu abasourdis, l'échec de leur méthode et méditer aussi sur leur grande solitude parce que les soutiens se font rares, tant au plan national qu'international.

Même leur volonté de ne pas discuter avant la prochaine présidentielle n'a pas produit les effets escomptés. Ils en faisaient un instrument de chantage mais ils n'avaient pas réalisé que le ministre des outre-mer, lui-même, n'attendait que cela. Sébastien Lecornu – qui doit jouer un rôle essentiel dans la campagne du candidat Macron – est plutôt soulagé de pouvoir échapper à l'ouverture des discussions sur l'avenir institutionnel et il a accepté, de bonne grâce, de les reporter de plusieurs mois.
En attendant le résultat des élections présidentielles et législatives, il s'agit d'occuper le temps et il a donc fixé une nouvelle feuille de route, particulièrement dense, aux responsables calédoniens en leur demandant de s'atteler, à la fois, aux dossiers des finances publiques, du nickel et de la crise sanitaire. N'en jetez plus ! Les six mois qui viennent ne suffiront pas !
Six mois qui peuvent, en revanche, être mis à profit pour commencer à discuter entre partenaires locaux, pour préparer une solution institutionnelle novatrice qui parviendra à réduire les fractures qui traversent la société calédonienne, en respectant le pluralisme de ses communautés.
Un dialogue qui sera peut-être plus facile maintenant que l'on est débarrassé des référendums binaires qui ont permis d'affirmer, à trois reprises, la volonté de la majorité des Calédoniens de rester dans la France, mais qui clairement, ne règlent rien.
Et c'est peut-être parce qu'ils avaient compris, eux aussi, que ça ne règlerait rien, que les indépendantistes ont décidé de ne pas y participer.