Radio Rythme Bleu
La chronique de la semaine écoulée

13 décembre 2021 à 23:19

Nous sommes déjà au lendemain du jour d'après !

Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçu mais, hier, c'était le jour d'après.
Expression un peu surfaite pour qualifier le lendemain du 3ème et ultime référendum.
Eh bien, ça y est, c'est fini, il a eu lieu.
Nous avons bouclé la séquence des trois référendums imposés par l'Accord de Nouméa.
Et de quelle manière !
A trois reprises, la majorité des calédoniens a exprimé son refus de l'indépendance et sa volonté de rester dans la France.
Une triple réitération du NON à la même question : "voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?"
Les calédoniens ont dit NON, trois fois NON, déjouant tous les pronostics basés sur un soi-disant sens de l'histoire, sur un glissement progressif des convictions ou sur un sentiment d'inéluctabilité.
A tel point que nul ne peut douter de leur volonté. Le Chef de l'Etat en a d'ailleurs immédiatement tiré les conséquences – dans une allocution loin des atermoiements auxquels il cède parfois – en affirmant que la Nouvelle-Calédonie restera donc française.
C'est désormais un fait établi.
Et Emmanuel Macron prend acte solennellement – comme chef de l'Etat garant des institutions – "du résultat de ces trois scrutins qui confirment la volonté exprimée par la majorité des calédoniens de rester dans la République et dans la Nation française."

Au point que l'on se dit que s'il fallait bégayer 3 référendums en 4 ans pour en arriver là, ça valait peut-être le coup.
En tout cas, cette séquence est derrière nous. L'Accord de Nouméa arrive à son terme juridique.
Mais quel final ! Et que d'obstacles pour ce 3ème référendum coincé entre l'irruption du Covid, la demande de report des indépendantistes et même… le cyclone Ruby.
Les calédoniens se sont donc prononcés massivement contre l'indépendance et c'est ce que l'on retiendra de cette 3ème consultation qui clôt le cycle référendaire.

Alors certes, il y a eu une forte abstention, due au mot d'ordre de non-participation des indépendantistes. Mais il faudrait arrêter de s'esbaudir sur la discipline des militants FLNKS et sur la façon dont cette consigne a été respectée.
Certes, le vote n'est pas obligatoire. Certes, chacun a le droit de s'exprimer, y compris en ne s'exprimant pas. Mais trêve d'hypocrisie !
On sait aussi ce que cache ce type de mot d'ordre et la difficulté qu'il y a à ne pas s'y soumettre. Il faut oser dire que la liberté de vote n'existe pas, partout, aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie et que les pressions morale, sociale ou politique sont une réalité puissante qui ont dissuadé de nombreux électeurs de se rendre aux urnes, surtout si c'était pour y glisser un bulletin NON.
Dans ce contexte, atteindre près de 44% de participation relève quasiment de l'exploit, et les débats byzantins sur un éventuel recul du NON perdent toute pertinence.

Puisque le résultat est acquis, il faut maintenant tourner la page et écrire la suivante en se basant sur la situation ainsi créée comme l'écrit l'Accord de Nouméa.
Une situation finalement assez simple malgré les apparences.
Celle de deux légitimités qui coexistent sur une même terre et qui veulent y vivre, ensemble, mais pas forcément de la même façon.
Au point où on en est, espérons qu'il faudra moins de trente ans et de trois référendums pour résoudre l'équation.
Parce que nous sommes, déjà, au lendemain du jour d'après.