Radio Rythme Bleu
La chronique de la semaine écoulée

29 novembre 2021 à 07:01

Dans sa déclaration de politique générale, le premier président indépendantiste du gouvernement collégial, ne prononce jamais le mot indépendance.

Dieu sait si elle était attendue cette déclaration de politique générale que le président du gouvernement est sensé prononcé lors de la première session du Congrès qui suit son installation.
Mais tout était parti de travers avec ce 17ème gouvernement, élu en février et qui a mis cinq mois à se trouver un président. Cette fameuse DPG – qui trace la feuille de route du gouvernement – devait d'abord être prononcée à la mi-août et puis ça a trainé, et puis le variant delta est arrivé et puis elle avait été fixée au 18 novembre, et finalement, après un ultime report d'une semaine, c'est ce 25 novembre que Louis Mapou a pu s'exprimer lors d'une séance solennelle délocalisée du Congrès.

Et comme souvent, à force de différer, on tombe au mauvais moment !
C'est ce qui est arrivé à cette déclaration de politique générale dont Louis Mapou, lui-même, a reconnu que le moment pouvait être considéré comme "peu propice".
Et il enfonce même le clou en ajoutant que "La prudence aurait plaidé de prononcer cette déclaration après le 12 décembre, ce qui peut conférer, à cet instant, un caractère dérisoire."
Dérisoire, peut-être pas, mais décalé sûrement, alors que la Nouvelle-Calédonie se prépare à la 3ème consultation référendaire. Une consultation dont le président reconnait, par ailleurs – et je le cite encore – que "nous en connaissons par avance l’issue et les implications".
Louis Mapou est donc sans illusion sur le résultat de ce 3ème référendum même s'il déclare que "depuis la décision des indépendantistes de ne pas y participer", ce référendum transporte "son lot d’interrogations sur l’avenir dont la complexité ajoute à l’incertitude".

C'est pour toutes ces raisons sans doute, que le président du gouvernement a carrément choisi d'enjamber cette 3ème consultation.
Même s'il avoue que "l’avenir post-référendaire est encore difficile à percevoir", il s'inscrit résolument dans le futur, en souhaitant que "cette déclaration soit le fil d’Ariane des trois prochaines année" et en se fixant comme horizon, 2024, date de fin de la mandature provinciale.
Il est clair pourtant que, le catalogue de mesures qu'il annonce ne pourrait pas être réalisé en 3 ans. Même avec toute la bonne volonté du monde et, même, avec les financements nécessaires, ce qui est loin d'être le cas.

Mais le 17ème gouvernement dispose-t-il de ces 3 ans ? Rien n'est moins sûr à la veille d'un référendum crucial qui verra la victoire du NON à l'indépendance et alors que l'Accord de Nouméa arrive à son terme.
S'il est bien une chose sur laquelle on ne peut tabler, pour les trois ans qui viennent, c'est la continuité, la permanence et l'immobilisme. Les prochains mois devraient à l'inverse être placés sous le signe du changement, de la transformation, de la mutation, parce qu'il faudra bien trouver une suite à l'Accord de Nouméa.

Un Accord de Nouméa qualifié par Louis Mapou de "bel outil de décolonisation et d’émancipation". Il faut dire que, dans sa déclaration de politique générale, le premier président indépendantiste du gouvernement collégial, ne prononce jamais le mot indépendance.
Exigence de la collégialité me direz-vous !
Mais pas seulement, puisqu'il propose de rénover le partage des compétences entre la France et la Nouvelle-Calédonie et que son intime conviction c'est que s’il y a un gagnant, ça ne pourrait être que la Calédonie.