Radio Rythme Bleu
La chronique de la semaine écoulée

8 novembre 2021 à 02:17

Le FLNKS se retrouve piégé par son propre mot d'ordre de non-participation. Selon le ministre des outre-mer cela n'altèrerait en rien la sincérité du scrutin.

Au dernier moment, avant l'étape ultime, le FLNKS va donc déclarer forfait.
Ce n'est pas très fair-play et c'est un peu décevant.
Mais on ne voit pas comment il pourrait en être autrement.
Aujourd'hui, les dés sont jetés ! A moins d'un rebond brutal de l'épidémie – que personne ne souhaite – ou d'une volte-face brutale de l'Etat – que personne n'ose imaginer – le 3ème référendum de sortie de l'Accord de Nouméa, aura bien lieu le 12 décembre 2021.
Et dans ces conditions, il va être compliqué pour le FLNKS de renoncer à son appel à la non-participation, même si on ne voit pas bien l'intérêt de cette position jusqu'au-boutiste, pas plus qu'on ne comprend comment, et par qui, la décision a été prise.

Sur la forme d'abord, le FLNKS a-t-il réellement pensé que son chantage allait fonctionner et que l'Etat allait céder à sa demande de report ?
C'est possible, tant il a eu l'habitude, ces dernières années, d'imposer ses choix et ses volontés. Mais cette fois-ci, il semble que les indépendantistes aient fait fausse route et que, pour des raisons qui tiennent notamment aux échéances nationales, l'Etat ait décidé de tenir bon.
Sur le fond ensuite, on se doute que les leaders du FLNKS ont conscience qu'ils ne peuvent pas gagner cette 3ème consultation. Mais une défaite par abandon est-elle plus honorable qu'un échec sanctionné par les urnes ? D'autant plus qu'ils prennent aussi le risque que ce désistement ne soit pas compris par leur base à laquelle, depuis l'origine, ils font miroiter une victoire au terme de l'Accord de Nouméa.

Mais la vraie question qui se pose, c'est celle des conséquences de cette non-participation et de la manière dont elle affectera le résultat de ce 3ème référendum.
Des questions auxquelles le ministre des outre-mer a répondu sans ambages en affirmant "qu'en aucun cas, cette non-participation n'altérerait la sincérité du scrutin".
Une position traduite également par le haut-commissaire Patrice Faure qui déclare que "chacun a le droit de s'exprimer y compris en ne s'exprimant pas".
Et voilà le FLNKS piégé par son propre mot d'ordre dont l'impact est clairement minimisé. Il a le droit d'appeler à ne pas voter, il a le droit d'inviter ses électeurs à s'abstenir mais… cela ne changera rien.
Et même s'ils veulent se tourner vers l'ONU pour sortir de cet étau, pas sûr que les indépendantistes trouvent une porte de sortie. Depuis le début, les Nations Unies suivent de très près le processus de l'Accord de Nouméa. Ses observateurs ont supervisé la révision des listes électorales et assisté aux deux premiers scrutins sans jamais trouver à redire dans l'organisation, par la France, de cet original processus de décolonisation. L'ONU pourrait-elle se dédire cette fois-ci, sous prétexte qu'une partie des populations intéressées aurait renoncé à participer ?
Parce que, si le mot d'ordre du FLNKS était suivi, ce ne serait qu'une partie des populations concernées qui aurait refusé de s'exprimer alors qu'elle en avait le droit. Les électeurs du NON iront voter et certains électeurs du OUI oseront peut-être braver l'interdit.
En déclarant forfait, le FLNKS acterait donc la victoire inéluctable du NON à l'indépendance et, dans ces conditions, l'Accord de Nouméa est clair. "Si la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée."
Ce serait donc un retour à la case départ et l'organisation de discussions pour trouver une solution d'avenir au sein de la République française.
Une situation qui donnerait raison à ceux qui, depuis l'origine, estiment inutile et dangereuse cette succession de référendum.
Et personne ne peut envisager – malgré les rodomontades de Victor Tutugoro – que le FLNKS ne serait pas autour de la table.
Il ne peut pas ajouter le ridicule au ridicule et la non-participation à la non-participation.