Radio Rythme Bleu
La chronique de la semaine écoulée

2 novembre 2021 à 00:54

Le FLNKS appelle à la "non-participation". Il n'avait pas autrefois ces pudeurs de gazelle, mais cela traduit tout l'embarras et toutes les ambiguïtés des indépendantistes.

Il y a déjà le choix des mots.
Le FLNKS appelle à la "non-participation" si la date du référendum est maintenue au 12 décembre.
"Non-participation" et non pas "boycott" qui aurait semblé plus agressif.
"Non-participation" et non pas "abstention" qui aurait pu passer pour de l'indifférence, de la neutralité ou du désengagement.

Non ! Le FLNKS a choisi soigneusement ses mots.
Et il a repris ceux du Parti travailliste qui avait prôné la "non-participation" pour le premier référendum du 4 novembre 2018.
On se souvient pourtant qu'à l'époque, la coalition indépendantiste n'avait pas eu de mots assez durs pour le parti de Louis Kotra Uregei et qu'elle lui avait fait payer très cher cette démobilisation.

Mais les temps changent et aujourd'hui c'est donc le FLNKS lui-même qui reprend ce mot d'ordre de "non-participation".
Il n'avait pas autrefois ces pudeurs de gazelle.
En 1984, en 1987, en 1988, il avait clairement appelé au boycott mais il a conscience que ça ne se fait plus. Le terme, lui-même, paraitrait complètement anachronique au terme de trente ans de processus négocié.

Et l'appel au boycott serait totalement décalé pour un 3ème référendum que le FLNKS appelle de ses vœux et qu'il a lui-même déclenché.
"Non-participation", c'est plus discret, moins brutal, moins déterminé aussi, et cela traduit tout l'embarras et toutes les ambiguïtés des indépendantistes.
Ce 3ème référendum, ils le veulent mais, en même temps, ils en ont peur.
Ils savent qu'ils vont le perdre mais, en même temps – en raison de leur impréparation – ils ne veulent surtout pas le gagner.
D'où cette position de repli, difficile à comprendre. Y compris, sans doute, pour leur base quand on sait qu'il y a tout juste un an, à l'issue de son congrès annuel, le Palika voulait aller le plus vite possible au troisième référendum, parce qu'il considérait qu'il y avait une dynamique en faveur de l'indépendance et qu'il craignait une victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle.

On a d'ailleurs connu des consignes de vote plus volontaristes quand on considère que le communiqué du bureau politique du FLNKS – qui appelle à la non-participation – n'est même pas signé et que ce mot d'ordre n'a été relayé que très timidement par les leaders du Front qui, dans leurs déclarations, demandent essentiellement le report de la date.
Un report dont les loyalistes ne veulent pas entendre parler, eux qui ont relancé leur campagne référendaire, et la balle est donc dans le camp de l'Etat à qui il revient de fixer la date.
Il est clair que Sébastien Lecornu – déjà pleinement mobilisé par la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron – se serait bien passé de cet énième balbutiement du dossier calédonien.
S'il maintient la date du 12 décembre, il prend le risque d'une contestation du résultat.
S'il la reporte, il aura cédé aux indépendantistes.

Reste le fameux baromètre sanitaire qui déterminera la décision du ministre des outre-mer. Une décision purement technique, sanitaire et objective affirme-t-il.
Et s'il s'agace de la position du FLNKS, Sébastien Lecornu la relativise en rappelant que le vote n'est pas obligatoire et que, dans une démocratie, on a tout à fait le droit de ne pas aller voter.
Il indique aussi que ses échanges, notamment épistolaires, continuent avec les leaders indépendantistes, notamment sans doute avec le président du gouvernement, Louis Mapou, qui malgré le contexte, va solliciter un prêt très important de la part de l'Etat.

C'est peut-être l'occasion de leur rappeler la citation de Pierre de Coubertin. L'important c'est de participer.