LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ECOULEE

LA CHRONIQUE DE LA SEMAINE ECOULEE

"2021 c'est très macronien." C'est la confidence un peu elliptique à laquelle s'est laissé aller le ministre des outremers dans une conversation informelle avec des journalistes présents à Paris.
Il réagissait ainsi à la fixation de la date du 3ème et ultime référendum de sortie de l'Accord de Nouméa, au 12 décembre 2021.

Et reconnaissons que nous avons tous été un peu surpris que le gouvernement – qui est seul compétent en la matière – arrête cette date, malgré la position du FLNKS qui exigeait que le référendum ait lieu fin 2022.

Cette date était même devenue le marqueur de ce déplacement parisien dont on ne savait pas vraiment quel était l'ordre du jour, ni à quoi il devait servir. Les indépendantistes voulaient que le référendum ait lieu le plus tard possible. Les Loyalistes voulaient que ce soit le plus tôt possible et, dès la première rencontre à Matignon, le sénateur Pierre Frogier avait mis la barre très haut en refusant de discuter des conséquences du oui et du non tant que le gouvernement n'aurait pas fixé cette date et il avait mis en garde le Premier ministre : "dans la mesure où ce référendum n'a pas lieu le plus tôt possible, c'est-à-dire avant l'échéance présidentielle, cela voudra dire que ce Gouvernement aura basculé dans le camp des indépendantistes !"

 Le ministre des outremers se défend bien sûr, que le gouvernement ait cédé face aux oukases du sénateur, ou de quiconque, et il justifie cette date du 12 décembre 2021 par… l'intérêt général qui commandait – dit-il – "au titre de la visibilité et de la stabilité de la vie politique, mais surtout économique et sociale, de la Nouvelle-Calédonie, de faire cette consultation référendaire le plus rapidement possible"

Et au passage, Sébastien Lecornu égratigne les indépendantistes en rappelant qu'ils n'étaient pas obligés de demander le référendum aussi vite, mais qu'en le faisant, ils traduisaient, eux aussi, la nécessité d'une certaine urgence.

Tel est pris qui croyait prendre donc parce que, maintenant, les indépendantistes qui exigent ce 3ème référendum, ne sont plus du tout pressés quant à la date de son organisation. Et ils feraient bien trainer l'Accord de Nouméa, pendant un an et demi encore. L'UC, qui était à Paris mais n'a rien validé, a pris acte de cette date qu'elle conteste. Mais l'UNI, qui était absente, proteste contre ce timing imposé "qui n'est pas bon du tout" et elle se dit même inquiète pour la suite de l'Accord de Nouméa. 

On se souvient pourtant que c'est elle qui réclamait, il y a seulement quelques mois, que le 3ème référendum se tienne en 2021, par crainte que Marine Le Pen puisse être élue lors de la présidentielle de 2022.

Et cela nous ramène à la petite phrase de Sébastien Lecornu : "2021 c'est très macronien." Que l'on peut interpréter de diverses façons.

C'est macronien parce que c'est disruptif selon le jargon actuel. C'est-à-dire que c'est en rupture avec les codes et les habitudes qui auraient voulu que les indépendantistes obtiennent gain de cause.

C'est macronien, aussi, parce que c'est un peu un coup de poker, une prise de risque. Ça se passe bien et l'actuel chef de l'Etat pourra s'en prévaloir pendant la campagne présidentielle. Ça se passe mal et il aura, à l'inverse, un sérieux handicap.

C'est macronien mais, en même temps, le risque est relativement réduit. On ne voit pas sérieusement les indépendantistes boycotter un référendum qu'ils réclament à cor et à cri. Et le calendrier, qui ouvre une période de 18 mois de discussions et de stabilité, après le référendum, devrait inciter à l'accalmie.

Pas sûr que la fixation de cette date arrange les affaires entre l'UC et l'UNI, entre ceux qui étaient là et ceux qui n'étaient pas là. Mais ça, c'est une autre histoire…