La chronique de la semaine écoulée

La chronique de la semaine écoulée

C'est sans doute une erreur de casting !
Et pourtant, en annonçant la candidature de Samuel Hnepeune comme tête de liste UC-FLNKS et nationalistes et Eveil océanien pour la constitution du 17ème gouvernement, l'Union calédonienne avait fait sensation.
La présence du patron des patrons en tête de liste, et comme futur président d'un gouvernement à majorité indépendantiste, c'était à la fois un coup de théâtre et un coup de maitre.
Un coup de théâtre, parce que ce choix surprenait alors que plusieurs militants de l'UC, jeunes ou aguerris, frappaient à la porte du gouvernement au vu de leur engagement ou de leurs actions.
Un coup de maitre, parce que la personnalité de Samuel Hnepeune pouvait rallier au-delà des rangs indépendantistes et qu'il illustrait un indépendantisme modéré, opposé aux barrages et aux blocages et conscient des réalités économiques.

Mais c'était une analyse à courte vue parce que ce choix d'une personnalité consensuelle ne faisait pas consensus, justement, dans le monde indépendantiste.
Dès la veille du scrutin, le Palika faisait entendre ses réticences en appelant à "une rupture avec les politiques publiques partisanes dictées par le patronat".
Le message était limpide et seuls ceux qui ne voulaient pas l'entendre, ne l'ont pas entendu.

On comprenait, entre les lignes, que les élus UNI ne soutiendraient pas la candidature de l'ex-patron du MEDEF et on devinait que, dans le même esprit, l'élue du Parti travailliste ne soutiendrait pas, elle non plus, une liste conduite par l'ex-président d'une organisation patronale.
Mercredi, cela s'est traduit, naturellement, par une 13ème voix pour la liste UNI conduite par Louis Mapou et, selon le scrutin de liste à la proportionnelle, le glissement de cette seule voix suffisait à donner 3 sièges à l'UNI et 3 sièges à l'UC.
On a beaucoup glosé, dans les médias, sur la 14ème voix, celle de l'Avenir en Confiance qui s'est portée sur la liste UNI mais elle est anecdotique.

L'essentiel est bien dans ce choix, fait par certains indépendantistes, de sanctionner l'Union calédonienne en la privant de son 4ème siège.
De la même manière, on a beaucoup disserté sur l'exclusion du gouvernement de l'Eveil océanien mais c'est véritablement un effet collatéral. L'objectif poursuivi n'était pas celui-là et la seule responsabilité en revient à l'UC qui a offert à Vaimua Muliava une place hypothétique, un siège qui n'était pas garanti à l'avance.

Le seul résultat qui compte, au lendemain de cette élection, c'est que les deux listes indépendantistes sont à égalité, avec 3 sièges chacune et cela crée une situation inextricable.

Avec 4 sièges, l'Union calédonienne aurait pu revendiquer la présidence du gouvernement, même si cela ne serait pas allé sans grincement de dents puisqu'elle préside déjà le Congrès. Mais avec 3 sièges, comme l'UNI, elle ne peut plus évoquer cette préséance d'autant plus que son candidat, Samuel Hnepeune, est contesté jusque dans ses rangs.

Aujourd'hui, il n'y a que deux cas de figure. Ou les indépendantistes arrivent, par on ne sait quelle acrobatie, à trouver un accord entre eux. Ou le gouvernement est bloqué pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, faute d'un consensus sur la personnalité du président. Mais, de toute façon, la balle est dans le camp des indépendantistes.

Tout cela ne doit pas, non plus, faire oublier l'absurdité que représente une majorité indépendantiste au gouvernement, alors qu'ils sont minoritaires dans les urnes.

Les partisans du maintien dans la France ont le groupe le plus important à la Province Sud, au Congrès et au gouvernement. Ils sont majoritaires aux élections provinciales et ils ont remporté les deux référendums.
Pour paraphraser Shakespeare, il y a décidément quelque chose de pourri dans la prolongation de l'Accord de Nouméa !