Provinciales. Ce qu'il faut retenir

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Surprises et bouleversements dimanche : la large victoire de l'Avenir en confiance et la lourde défaite de Calédonie ensemble, le renforcement en sièges de l'UNI (PN), malgré un faible écart de voix avec l'UC, et le maintien de l'UC dans les îles.

Large victoire de l'Avenir en confiance dans la Province Sud,  lourde défaite de Calédonie ensemble.


La vague bleue qui a submergé la province Sud avait été prévue mais pas son ampleur et c'est sans doute ce que l'on retiendra de ce scrutin.

Il faut rappeler toutefois que dans la province Sud, depuis 2004, c'est la règle de l'alternance entre les deux grandes familles du camp non-indépendantistes mais, depuis 2004, aucune liste ne l'avait emporté aussi largement, avec 20 sièges sur 40 c’est-à-dire à un siège de la majorité absolue.

Il y a plusieurs éléments qui ont conduit à ce résultat.

L'Avenir en confiance met en avant l'union et c'est vrai que les calédoniens ont souvent regretté les divisions des partisans du maintien dans la France. La réunion de trois partis qui étaient nés ces dernières années de différentes scissions entre frères ennemis a joué dans le score de la liste parce qu'elle a su créer une dynamique.

Mais ça n'explique pas tout. Il y a, aussi, à l'évidence, un vote sanction à l'encontre de Calédonie ensemble et on remarquait hier, tout au long de la soirée, le recul de sa liste dans quasiment tous les bureaux de la Province Sud jusqu'à ce revers incroyable à La Foa, le fief de Philippe Gomès, où Calédonie ensemble perd 15 points.

Un vote sanction dû à l'usure du pouvoir et aux dérives qu'entrainent ce pouvoir, un vote sanction dû incontestablement aussi à la situation économique et aux décisions qui avaient été prises dans ce secteur.

L'avenir institutionnel a été la clé du scrutin 

Il ne faut pas s'y tromper. En Calédonie, qu'on le déplore ou non, le débat se fait toujours autour de la question institutionnelle, de l'indépendance ou du maintien dans la France. 

Le référendum a accru ce phénomène. Il a réinstauré deux blocs qui se font face, il a accru les divisions et son résultat a traumatisé les partisans du maintien dans la France.

Ils ont très mal vécu que les indépendantistes essaient de transformer leur défaite en victoire psychologique et ils avaient besoin de clarté.

Ce n'était pas le moment d'entretenir des ambiguïtés sur le nationalisme, le peuple calédonien, la souveraineté partagée ou les négociations sur le pacte des valeurs.

Par ce vote large en faveur de l'Avenir en confiance, les électeurs de la province Sud ont voulu affirmer leur volonté de rester dans la France, en discutant avec les indépendantistes mais dans la clarté.

A ce titre, la proposition d'organiser le 2ème référendum le plus tôt possible pour lever l'hypothèque de l'indépendance et pour réaffirmer qu'une majorité de Calédoniens est favorable au maintien dans la France a sans doute parlé à l'électorat du Sud.

Les provinciales 2019, les dernières de l'Accord de Nouméa, ont pris, à cet égard des allures de revanche. Sur le plan psychologique en tout cas. Pour les chiffres, les résultats sont invariablement les mêmes. Les voix indépendantistes ont représenté, dimanche, 42% des suffrages exprimés. Pas loin des 43% enregistrés au référendum.

Les non-indépendantistes restent majoritaires au Congrès

Là aussi, la victoire est presque psychologique dans la mesure où une majorité indépendantiste, au Congrès et au gouvernement, aurait provoqué une véritable incertitude et aurait été interprétée, notamment à l'extérieur de la Nouvelle-Calédonie. 

Du fait, notamment, d'une représentation inégalitaire des provinces, au détriment de la Province Sud, les indépendantistes progressent en sièges, mandature après mandature.

C'est le cas cette fois-ci et l'écart se resserre au Congrès. On était à 29 contre 25 dans le Congrès sortant. C'est désormais 28 contre 26 ! Mais c'est, aussi, la dernière mandature de l'Accord de Nouméa.

Cela va rendre un peu plus compliquée la mise en place des institutions et là, l'union des non-indépendantistes sera obligatoire. Pas une voix ne devra manquer. 

Émergence d'une liste communautaire

Dans ce contexte, on observera avec intérêt, la présence des élus de l'Eveil océanien, une liste communautaire qui fait son entrée à la Province Sud et au Congrès. Son score se fait notamment, d'ailleurs, au détriment de Calédonie ensemble. On relève aussi que c'est la seule des "petites listes" à tirer son épingle du jeu. Cela traduit manifestement un véritable besoin de la communauté wallisienne et futunienne d'être représentée en tant que telle. Et ça aussi, il faudra le prendre en compte.