Pierre Frogier écrit au FLNKS

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Pierre Frogier adresse une lettre ouverte au FLNKS. "Vous n’êtes pas l’incarnation de la volonté générale des Calédoniens, ni même de sa volonté majoritaire", écrit le sénateur.

Pierre Frogier adresse une lettre ouverte au FLNKS. "Vous n’êtes pas l’incarnation de la volonté générale des Calédoniens, ni même de sa volonté majoritaire", écrit le sénateur qui appelle à "construire une Calédonie française et multiple, en nous appuyant sur la différenciation provinciale et humaine." Le signataire des accords de Matignon et de Nouméa dit avoir l’intime conviction que "nous pouvons être français ensemble, en valorisant et respectant nos différences, et en les sublimant dans notre appartenance commune." 



Nouméa, le 27 octobre 2020

Lettre ouverte au FLNKS


Pour la deuxième fois en 24 mois, la population calédonienne autorisée à voter, dans toutes ses composantes, a exprimé son choix de rester française. 

Ce résultat est sans appel malgré votre acharnement, ces dernières années, à forger un corps électoral référendaire fondé sur une discrimination entre citoyens de droit coutumier et citoyens de droit commun. Inscription d’office sur les listes électorales pour les uns, décision aléatoire d’une commission pour les autres. 

Sans compter, les actions d’intimidation menées par vos militants visant, non seulement à perturber la consultation, mais pire encore, à bafouer un des droits fondamentaux reconnus par la République, celui de la liberté de vote. Les tribunaux sont saisis de ce dernier point. 

Cette situation devrait vous amener à vous souvenir d’où nous venons et vous rappeler la portée et l’ambition du processus exemplaire qui nous a menés de Matignon à Nouméa, processus fragile et précieux qui avait besoin de confiance, de respect et de sérénité. 

Pour ma part, j’ai toujours tenu à être au rendez-vous de la responsabilité malgré la révision constitutionnelle de 2007 qui, en gelant le corps électoral provincial, a entaché de manière indélébile, la signature que j’ai apposée en 1998. 

Depuis 10 ans, j’ai cherché inlassablement une solution pour sortir au mieux de l’Accord de Nouméa. 

Au-delà des mots, j’ai posé en 2010, le geste des deux drapeaux : désormais le drapeau identitaire kanak flotte aux côtés du drapeau tricolore, au fronton de nos institutions, dans une marque de reconnaissance des deux légitimités historiques qui cohabitent en Nouvelle Calédonie. 

Et j’ai poursuivi, dans la perspective d’un nouvel accord, en proposant dès 2011 d’additionner les valeurs que nous partageons et dont nous trouvons les racines dans nos cultures respectives :
- les valeurs républicaines de liberté - égalité – fraternité
- les valeurs kanak et océaniennes de respect et d’humilité
- les valeurs chrétiennes d’espérance et de charité. 

Vous y avez répondu, au mieux par l’indifférence, au pire par le mépris, en vous réfugiant dans ce sanctuaire que vous semble être le référendum. 

Vous avez ainsi, réinstallé le rapport de force dans tous les actes de la vie politique. Vous avez réussi à recréer cet état de rupture entre deux populations d’importance comparable, en souhaitant la soumission d’un camp aux convictions de l’autre. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à constater les déclarations martiales et presque guerrières que vous multipliez depuis les résultats du dernier référendum. 

Mais, contrairement à ce que vous espérez, soyez certains que nous ne nous soumettrons pas à vos tentatives d’intimidation. 

Et même si vous n’envisagez pas d’exclure les autres, mais de décider de leur sort, je vous prie de considérer qu’à vous seuls, vous n’êtes pas l’incarnation de la volonté générale des Calédoniens, ni même de sa volonté majoritaire.
Alors maintenant, une fois le constat posé que faisons-nous ?
Comment sortir de cette impasse ?
Pouvons-nous nous satisfaire indéfiniment de l’inaction de l’Etat ?

Sénateur de cette terre que j’aime tant, de cette parcelle de France hors de l’hexagone à laquelle je suis viscéralement attaché, je le dis avec force aujourd’hui : sachons construire une Calédonie française et multiple, en nous appuyant sur la différenciation provinciale et humaine. 

Et nous pourrons rêver d’unité sans exiger un abandon d’identité de la part des uns ou des autres. 
En effet, en ayant inscrit "la pleine reconnaissance de l’identité kanak" dans le préambule de l’Accord de Nouméa, la France en est devenue la garante. 

C’est pourquoi j’ai l’intime conviction que nous pouvons être français ensemble, en valorisant et respectant nos différences, et en les sublimant dans notre appartenance commune. 
La solution aux problèmes complexes du pays se construira, non pas par le recours au référendum, qui tranche ce qui doit être débattu, mais par l’intelligence collective de nos compatriotes sans distinction. 
Alors, cessons de faire bégayer l’histoire. Nous méritons mieux que ça !



Pierre FROGIER
Sénateur de la Nouvelle Calédonie
Signataire des accords de Matignon et de Nouméa